Oui, la France peut maintenir la retraite par répartition, mais pas par une formule magique qui éviterait tout choix. Le système reste soutenable si ses ressources, ses règles et l’emploi évoluent avec la démographie. La vraie discussion porte sur la combinaison entre cotisations, activité, productivité, âge, niveau des pensions et autres recettes clairement identifiées.
Le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites publié en juin 2026 chiffre les dépenses de retraite à 422 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du PIB. Le solde serait déficitaire de 5,1 milliards d’euros, hors charges et produits financiers. Dans son scénario de référence, les dépenses resteraient proches de 14,1 % du PIB jusqu’en 2045 avant d’atteindre 15,3 % en 2070, tandis que les ressources reculeraient de 13,9 % à 12,9 % du PIB.
Ces projections ne décrivent pas une faillite automatique. Elles ne justifient pas davantage l’inaction. Elles reposent sur des hypothèses de fécondité, migration, chômage et productivité qui peuvent varier. Leur intérêt est précisément de montrer les conséquences de chaque trajectoire.
La répartition est un contrat annuel entre générations
Dans un système par répartition, les cotisations et recettes courantes financent principalement les pensions courantes. Les actifs n’accumulent pas chacun dans une caisse la totalité de leur future pension. Ils acquièrent des droits dont la valeur dépendra des règles et de la capacité productive du pays au moment où ils partiront.
LPE veut conserver ce principe parce qu’il mutualise les risques de carrière, de longévité et de marché. La capitalisation peut compléter l’épargne de ceux qui le souhaitent ; elle ne remplace pas sans transition les droits de millions de retraités. Financer simultanément les pensions présentes et l’épargne future imposerait d’ailleurs une charge de double financement souvent absente des slogans.
Maintenir la répartition suppose de regarder l’ensemble de la base productive. Davantage de personnes en emploi, de meilleurs salaires déclarés et une productivité durable améliorent les recettes. À l’inverse, le chômage, les carrières hachées, le travail dissimulé et la stagnation de la valeur ajoutée les affaiblissent.
L’emploi des seniors compte, mais ne se décrète pas
En 2024, 60,3 % des 55-64 ans étaient en emploi en France, contre 65,2 % dans l’Union européenne. Cet écart montre une marge de progression, mais il ne signifie pas que toute personne peut prolonger sa carrière dans les mêmes conditions.
LPE propose de suivre l’âge réel de sortie d’emploi, pas seulement l’âge de liquidation de la pension. Reporter un droit lorsque l’entreprise a déjà écarté le salarié peut déplacer la dépense vers le chômage, la maladie ou les minima sociaux. Les politiques de maintien dans l’emploi doivent traiter la formation, la santé, l’adaptation des postes, les discriminations et la pénibilité.
La prévention du grand âge agit sur une autre dépense : l’autonomie et les hospitalisations évitables. Les campus retraités proposés par LPE relèvent de cette politique, mais leur financement et leurs personnels doivent être distingués du solde des retraites. Une économie future supposée ne peut pas payer aujourd’hui deux dispositifs à la fois.
« Vous évitez les choix avec de nouvelles recettes »
L’objection est juste si les recettes sont vagues, volatiles ou comptées plusieurs fois. Taxer une rente, mobiliser un fonds productif ou attendre une hausse de productivité ne crée pas une ressource certaine avant que l’assiette, le taux, le rendement et les effets économiques soient publiés.
LPE soumettrait donc toute ressource supplémentaire à quatre règles : estimation indépendante ; scénario bas, central et haut ; affectation visible ; absence de double comptage avec une autre promesse. Une recette temporaire ne financerait pas durablement une pension permanente sans mécanisme d’ajustement.
Les scénarios devraient présenter les conséquences distributives. Une hausse uniforme des cotisations ne pèse pas pareil selon le salaire. Une désindexation touche davantage les petites pensions. Un recul d’âge pénalise ceux qui ont commencé tôt ou exercent un métier usant. Une contribution sur le patrimoine peut viser des actifs peu liquides. Aucun levier n’est neutre.
Organiser un pilotage compréhensible
Tous les cinq ans, une conférence publique comparerait les projections du COR aux résultats observés : emploi, productivité, masse salariale, espérance de vie en bonne santé, pensions, pauvreté et solde. Elle présenterait plusieurs combinaisons d’ajustement au lieu d’annoncer une décision déjà prise.
Le tableau de bord distinguerait l’équilibre financier, le niveau de vie, les inégalités femmes-hommes, la pénibilité et la confiance des générations. Un système peut afficher un solde équilibré tout en produisant des pensions insuffisantes ; il peut protéger les pensions en transférant une charge insoutenable aux actifs. Il faut voir les deux côtés du contrat.
Maintenir la retraite par répartition est possible parce qu’une société choisit chaque année la part de richesse qu’elle consacre à ses anciens. Ce choix doit rester solidaire et crédible. Il le sera si les hypothèses sont publiques, les efforts répartis et les promesses limitées à ce que la production réelle peut financer.