La réponse la plus proche est 422 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du produit intérieur brut, selon le Conseil d’orientation des retraites. Mais on trouve aussi 426,7 milliards d’euros de prestations « vieillesse-survie » pour 2024 dans les comptes de la protection sociale. Ces montants ne se contredisent pas : ils ne portent ni sur la même année ni exactement sur le même périmètre.
La retraite est un terrain propice aux chiffres spectaculaires. Un total large peut faire croire à une dépense incontrôlée ; un total étroit peut minimiser ce que la collectivité finance. LPE propose qu’aucun chiffre ne soit cité sans quatre mentions : année, périmètre, unité et dénominateur.
Le rapport annuel 2026 du COR décrit le système de retraite : régimes de base et complémentaires, pensions directes et de réversion, ressources et solde selon ses conventions comptables. Il estime également un déficit de 5,1 milliards d’euros en 2025, hors produits et charges financiers. Une projection à plusieurs décennies dépend toutefois de la démographie, de l’emploi, des salaires, de la productivité et des règles futures ; elle n’est pas une facture déjà certaine.
Pourquoi la DREES publie un autre total
Les comptes de la protection sociale suivent des risques sociaux. En 2024, le bloc vieillesse-survie représentait 426,7 milliards d’euros : 381,6 milliards au titre de la vieillesse et 45,1 milliards pour la survie. La fiche de la DREES inclut un ensemble de prestations qui ne se superpose pas exactement au système suivi par le COR.
Il ne faut surtout pas additionner 422 et 426,7 milliards. Une grande partie des dépenses est commune aux deux lectures. Le bon exercice consiste à construire un tableau de passage : pensions de droit direct, réversions, minima, autres prestations de solidarité, gestion et, séparément, dépenses liées à la perte d’autonomie.
Le grand âge ne se confond pas avec la retraite. Une pension est un revenu de remplacement ou un droit contributif et solidaire. Une place en établissement, une aide à domicile, une adaptation du logement ou un soin relèvent d’autres circuits. Les agréger peut être utile pour mesurer l’effort collectif envers les personnes âgées, à condition d’afficher les doubles comptes évités.
D’où vient l’argent ?
Le système français repose principalement sur la répartition : les ressources de l’année financent les pensions de l’année. Il n’est pourtant pas alimenté uniquement par les cotisations. Selon le COR, celles assises sur les revenus d’activité représentaient environ 277 milliards d’euros sur 417 milliards de ressources en 2025, soit près des deux tiers. Le reste provenait notamment d’impôts affectés, de contributions et de transferts publics.
Cette composition compte politiquement. Dire que « les cotisations paient tout » efface la fiscalité et les compensations. Dire que la retraite serait déjà financée comme n’importe quelle politique publique efface son socle contributif. Une réforme honnête doit montrer qui verse quoi, à quel régime, et distinguer les droits acquis de la solidarité.
La proposition LPE : un compte public lisible
LPE veut publier chaque année une lecture consolidée séparant quatre blocs : pensions contributives, solidarité, frais de gestion et grand âge. Chaque bloc présenterait les bénéficiaires, les ressources, le solde et les transferts. Les données du COR, de la DREES et des comptes sociaux conserveraient leurs définitions ; un tableau expliquerait leurs écarts au lieu de choisir le chiffre le plus favorable au discours du moment.
Ce préalable conditionne les autres propositions LPE. Le « Bouclier Retraite Réelle » vise le reste à vivre des personnes modestes, pas une hausse uniforme de toutes les pensions. Les Campus-Dignité relèvent du logement, de la prévention et du soin : une place annoncée n’existe que lorsqu’elle dispose d’un bâtiment, de professionnels, d’un financement et d’un contrôle.
La contribution envisagée sur certaines rentes ne peut pas être inscrite comme une recette acquise. Son assiette, sa constitutionnalité, les comportements d’évitement et les effets sur les petits propriétaires doivent être étudiés. Le domicile principal d’un retraité aux faibles revenus ne constitue pas, à lui seul, une capacité contributive liquide.
L’objection : le périmètre sert toujours à dramatiser ou minimiser
Elle est fondée lorsque les responsables politiques changent de définition au milieu d’une comparaison. Pour la prévenir, LPE propose une série stable et un historique des révisions. Le montant en euros serait toujours accompagné de sa part dans le PIB, mais aussi du nombre de bénéficiaires et du périmètre exact.
La part du PIB est utile pour comparer l’effort collectif à la richesse nationale. Elle ne dit pas si une petite pension suffit à payer un loyer, ni si la dépense est bien gérée. Le montant par retraité est utile, mais une moyenne masque les écarts entre femmes et hommes, carrières complètes et hachées, locataires et propriétaires. Aucun dénominateur ne suffit seul.
Les projections conserveraient plusieurs scénarios et leurs hypothèses. Une économie future ne financerait pas une dépense présente avant d’être constatée. Une recette nouvelle ne serait affectée qu’après vote et collecte réelle.
Un débat possible à condition de parler de la même chose
La France consacre une part considérable de sa richesse aux retraites. Ce choix protège des millions de personnes et engage fortement les actifs. Il mérite mieux qu’une bataille de totaux incompatibles.
La réponse à la question du coût n’est donc pas un seul nombre, mais une architecture transparente. En 2025, environ 422 milliards d’euros et 14,1 % du PIB pour le système mesuré par le COR constituent le point de départ. Les autres totaux doivent être expliqués, pas utilisés comme des projectiles. C’est seulement après ce travail que l’on peut débattre sérieusement de justice, de financement et de grand âge.