La pension moyenne ne dit pas ce qu’il reste pour vivre. Deux retraités recevant le même montant peuvent connaître des situations opposées selon le logement, la santé, le territoire, la vie en couple et la continuité de carrière. LPE propose donc d’observer les charges essentielles avant de promettre un seuil uniforme.
Le rapport annuel 2026 du Conseil d’orientation des retraites montre que le niveau de vie moyen relatif des retraités reste proche de celui de l’ensemble des ménages. Avec l’ajout d’un loyer imputé aux propriétaires, il apparaît plus élevé. Mais cette convention statistique souligne précisément le problème : être propriétaire d’un logement payé n’a pas le même effet qu’acquitter un loyer chaque mois.
Une moyenne mélange aussi les pensions de droits directs, les réversions, les petites carrières, les hauts revenus et les générations. Le COR rappelle qu’à la fin de 2024 la pension moyenne de droit direct des femmes représentait 65,4 % de celle des hommes. En intégrant majorations et droits dérivés, l’écart se réduit, sans disparaître.
Quatre profils derrière un même montant
Prenons une pension identique. Une personne seule et locataire consacre une part importante au logement. Un couple propriétaire partage chauffage, assurance et abonnements. Une personne en Outre-mer peut subir des prix plus élevés sur certains biens et des déplacements médicaux difficiles. Une carrière fragmentée peut en outre produire plusieurs petites pensions, des erreurs et des démarches complexes.
LPE propose un « bouclier de retraite réelle » fondé sur quelques charges essentielles et situations objectives. Il ne s’agirait pas de rembourser chaque dépense ni de contrôler les courses. Le simulateur utiliserait le revenu du ménage, le statut d’occupation du logement, la composition familiale et certaines charges reconnues comme la dépendance.
Plusieurs scénarios doivent encore être chiffrés : complément sous un reste à vivre de référence, aide logement renforcée pour les retraités modestes ou soutien ciblé sur l’énergie et l’autonomie. Présenter l’un de ces scénarios comme décidé avant simulation serait trompeur.
« Les cas particuliers rendront la règle ingérable »
Une prestation comportant des dizaines d’exceptions devient illisible. Mais une moyenne nationale unique fabrique des injustices prévisibles. La réponse raisonnable consiste à limiter les critères à ceux qui changent fortement la situation réelle.
LPE retient une grille courte et un simulateur ouvert. Chaque donnée utilisée serait visible. Une personne pourrait corriger une information ou demander un examen humain. Les services n’accéderaient pas à l’ensemble des dépenses bancaires ; le respect de la vie privée interdit de calculer le reste à vivre en surveillant chaque achat.
Le dispositif serait coordonné avec l’allocation de solidarité aux personnes âgées, les aides au logement et l’autonomie afin d’éviter les reprises d’un côté lorsque l’autre augmente. Le non-recours serait mesuré. Un droit parfaitement ciblé mais inconnu de ses bénéficiaires ne protège personne.
La situation serait réexaminée automatiquement lors d’un événement déclaré — décès du conjoint, entrée en dépendance, déménagement — sans imposer une nouvelle demande complète. Le calcul afficherait sa durée de validité et les motifs de révision afin qu’une hausse temporaire ne devienne pas une récupération incompréhensible plusieurs mois plus tard.
Ne pas opposer les générations
Reconnaître la diversité des retraités ne signifie pas nier l’effort des actifs ni la contrainte de financement. Toute proposition doit publier son coût, ses bénéficiaires et son financement. Le COR projette les comptes sur plusieurs décennies ; LPE ne peut isoler le niveau de vie de l’équilibre du système.
Le bouclier serait donc plafonné, ciblé et révisé selon des indicateurs publics. Les retraités les plus aisés ne recevraient pas le même soutien que ceux dont les charges essentielles absorbent la pension. Les effets sur les cotisations et les impôts seraient présentés séparément.
Les indicateurs qui comptent
Au-delà de la moyenne, le tableau de bord suivrait la médiane, les déciles, la pauvreté, le taux d’effort logement, les dépenses d’autonomie, les écarts femmes-hommes, les personnes seules et les territoires ultramarins. Les propriétaires seraient distingués selon qu’ils remboursent encore un emprunt.
La moyenne reste utile pour suivre une tendance. Elle devient trompeuse lorsqu’elle est utilisée comme portrait de chaque retraité. LPE veut partir de la vie réelle sans créer une administration intrusive : quelques situations décisives, un calcul compréhensible et un recours lorsque la moyenne efface la personne.