La « Peuplice » ne doit être ni une milice, ni une nouvelle force placée au service de LPE. Le mot désigne une doctrine de police de proximité, d’égalité d’exécution et de contrôle démocratique. Dans les textes, les agents resteraient policiers ou gendarmes, recrutés publiquement, soumis au droit commun et contrôlés par les autorités existantes.
La scène est ordinaire et documentable sans inventer de héros. Un commerce est cambriolé ; une personne dépose plainte ; un maire signale un trafic ; un agent intervient dans un quartier où la défiance est déjà forte. À chaque étape, le résultat dépend moins d’un slogan sécuritaire que de la présence, du délai, de la qualité des preuves, de la transmission au parquet et de la capacité de la justice à donner une suite.
Les statistiques de 2025 ne racontent d’ailleurs pas une hausse ou une baisse générale de « l’insécurité ». Elles présentent un paysage contrasté. Les vols de véhicules et dans les véhicules ont diminué de 9 %, les cambriolages de logements de 3 %, tandis que d’autres violences ou infractions ont évolué différemment. Le SSMSI rappelle que les plaintes enregistrées doivent être rapprochées des enquêtes de victimation et du sentiment de sécurité. Ministère de l’Intérieur — première photographie de la délinquance en 2025.
Cette prudence statistique est la première condition d’une force publique honnête. Une doctrine qui prétend protéger le peuple ne peut pas sélectionner les chiffres qui l’arrangent, ni traiter chaque territoire comme s’il connaissait les mêmes atteintes.
Un nom politique, pas une institution partisane
Le mot « Peuplice » provoque immédiatement une objection légitime : une police baptisée par un mouvement politique pourrait-elle rester neutre après une alternance ? La réponse doit être nette. Ce nom ne doit pas devenir celui d’une garde nouvelle ni d’un corps parallèle. LPE l’emploie pour décrire une orientation : une force publique visible, protectrice, égale dans ses règles, débarrassée des consignes partisanes illégales et jugée sur l’exécution réelle.
Le statut administratif demeure celui des institutions républicaines. Le commandement reste légal. Les enquêtes judiciaires demeurent sous l’autorité judiciaire. Le recrutement se fait par des procédures publiques. Les libertés syndicales, les règles déontologiques, les inspections et les voies de recours continuent de s’appliquer.
La doctrine serait publiée. Elle préciserait ce qu’un responsable politique peut demander — des priorités générales conformes à la loi — et ce qu’il ne peut jamais ordonner : viser une opinion, protéger un proche, ralentir une plainte embarrassante, fabriquer une statistique ou utiliser un fichier à des fins électorales.
La proximité ne suffit pas si la chaîne ne suit pas
Multiplier les patrouilles ne résout rien si les plaintes sont mal prises, si les procès-verbaux sont incomplets, si les dossiers arrivent tard ou si les sanctions restent inexécutées. LPE relie donc la doctrine de proximité à un Contrat de performance Intérieur-Justice.
Avant toute opération qui doit produire davantage de dossiers, ce contrat évaluerait les volumes attendus, la nature des preuves, les juridictions concernées, les besoins en magistrats et en greffiers, les délais cibles, les possibilités de saisie et la capacité d’exécution. Il ne donnerait aucun ordre à un juge. Il obligerait le pouvoir exécutif à financer les conséquences judiciaires de ses annonces sécuritaires.
La « même règle partout » ne signifie pas une tactique identique dans une gare parisienne, une commune rurale, un quartier touristique ou un territoire ultramarin. Elle signifie un socle national pour les actes sensibles : contrôle d’identité, usage de la force, traitement des plaintes, consultation des fichiers, conservation des images et motivation des décisions. Les adaptations locales resteraient possibles, mais écrites, justifiées et contrôlables.
Caméras, algorithmes : la frontière à ne pas franchir
Une police de proximité peut devenir une police de surveillance si la technologie étend silencieusement ses pouvoirs. LPE autorise seulement des usages définis : détection d’un événement matériel, alerte à un opérateur, recherche ciblée lorsqu’une base légale et un contrôle adapté existent. Une machine ne condamne pas, ne note pas les citoyens et ne suit pas leurs déplacements ordinaires.
La reconnaissance faciale généralisée, le classement politique ou religieux, le « scoring » citoyen et l’identification d’une population à partir d’un profil seraient interdits. Les consultations seraient journalisées. Les durées de conservation seraient limitées. Les faux positifs et les suspensions de systèmes seraient publiés sous forme agrégée. La CNIL rappelle déjà que la vidéoprotection est soumise à des finalités, des durées et des droits précis ; LPE veut rendre ces limites visibles jusque dans les résultats. CNIL — vidéosurveillance et vidéoprotection.
La fermeté ne vaut que si elle peut être contrôlée
L’objection la plus solide demeure celle de la dérive. Une majorité peut commencer par promettre l’ordre puis élargir les fichiers, les caméras et les catégories de personnes surveillées. Une instruction orale peut contourner une belle doctrine écrite. Une inspection interne peut manquer d’indépendance.
Les garde-fous doivent donc être extérieurs au seul commandement : juge, Parlement, Défenseur des droits, CNIL, inspections, recours individuels et publication de statistiques territoriales. Les consignes sensibles doivent laisser une trace. Les lanceurs d’alerte doivent être protégés. Les abus d’accès et les discriminations établies doivent entraîner une instruction, une réparation et, le cas échéant, une sanction.
La performance ne sera pas seulement le nombre d’interpellations. LPE propose de suivre les délais d’intervention, les plaintes correctement enregistrées, la qualité des transmissions, les dossiers exécutés, les recours gagnés, les faux positifs, les sanctions disciplinaires, la confiance des habitants et les écarts entre territoires.
La Peuplice ne sera défendable qu’à cette condition : rester une doctrine populaire de service, jamais l’identité d’une force fidèle à un parti. Une police réellement proche du peuple n’est pas celle qui demande le moins de contrôle. C’est celle qui accepte que chaque pouvoir supplémentaire soit écrit, mesuré, contestable et retiré lorsqu’il dérive.