La doctrine LPE n’est pas de distribuer une électricité presque gratuite à quelques entreprises choisies. Elle consiste à offrir une visibilité de long terme à des productions utiles, en échange d’investissements, d’emplois, d’efficacité énergétique et d’engagements territoriaux mesurables. Le contrat serait plafonné, transparent et récupérable si les contreparties ne sont pas tenues.
Le système électrique français a retrouvé une situation plus favorable. RTE indique qu’en 2025 la production métropolitaine a atteint 547,5 TWh, dont 521,1 TWh bas-carbone, soit plus de 95 % du mix. La consommation est restée environ 6 % sous son niveau d’avant-crise. Le prix spot moyen s’est établi à 61 €/MWh et les prix à terme ont baissé.
Ces données ne signifient pas que chaque industriel paie 61 €/MWh. Une facture inclut contrat, couverture, réseau, taxes et profil de consommation. Un prix annuel moyen ne garantit pas davantage la visibilité nécessaire à une usine qui investit pour quinze ans. C’est l’écart entre abondance physique, marché de gros et coût complet qui nourrit le débat.
Le Contrat productif d’électricité
LPE propose des appels à candidatures ouverts pour les activités qui augmentent une capacité productive en France ou réduisent une dépendance critique. Le contrat fixerait une trajectoire de prix ou une fourchette pluriannuelle, un volume, une durée et des règles en cas de marché exceptionnellement haut ou bas.
En échange, l’entreprise présenterait ses investissements, emplois, achats territoriaux, gains d’efficacité, flexibilité de consommation et plan de décarbonation. Une entreprise existante pourrait être éligible si elle modernise réellement son outil ; le mécanisme ne serait pas réservé aux nouvelles usines annoncées devant les caméras.
Le soutien public serait calculé par rapport à un scénario de référence vérifiable. Si le prix garanti devient plus favorable que le marché, l’avantage serait publié. Si le marché passe sous le contrat, une restitution ou un partage pourrait éviter que la collectivité supporte seule le risque.
« Une subvention déguisée pour quelques groupes »
Le risque existe. Un contrat complexe peut cacher un transfert important, surtout si le coût de référence est choisi par le bénéficiaire. LPE impose donc une méthode commune, un audit des marges, la publication des critères et un plafond par emploi ou par euro investi.
Les aides d’État sont encadrées par le droit européen. Le dispositif devrait être notifié ou conçu dans un régime compatible avant signature. LPE ne peut pas promettre qu’un nom nouveau contournera ces règles.
Les PME ne doivent pas financer l’avantage d’un grand groupe par une hausse indirecte de leur facture. Une part du dispositif serait accessible à des groupements d’entreprises, avec agrégation de leurs volumes et accompagnement contractuel. Les coûts de réseau resteraient identifiés ; une remise sur l’énergie ne doit pas effacer l’usage des infrastructures.
Produire sans gaspiller
Un prix prévisible ne dispense pas d’efficacité. Les contrats comporteraient des objectifs de consommation par unité produite, adaptés à la filière. Les investissements de récupération de chaleur, pilotage et stockage pourraient être intégrés lorsque leur coût complet est démontré.
La flexibilité ne serait pas exigée lorsqu’elle met en danger un procédé, la sécurité ou la qualité. Lorsqu’elle est possible, déplacer certaines consommations vers les heures abondantes peut réduire le coût du système. Cette disponibilité serait rémunérée, pas imposée gratuitement.
La doctrine ne se limite pas à l’électricité. Elle relie énergie, réseau, formation, foncier et débouchés. Accorder un contrat à une usine sans raccordement prêt ou sans salariés formés produit une annonce, pas une capacité.
Une sortie prévue dès l’entrée
Chaque convention contiendrait des étapes, une clause de remboursement en cas de délocalisation ou d’engagement non tenu, et une sortie progressive. Les données commercialement sensibles pourraient être protégées, mais le montant de l’avantage et les résultats principaux resteraient publics.
Les indicateurs seraient la capacité réellement installée, les emplois maintenus, l’investissement privé, l’énergie par unité, les émissions, les retards et les remboursements. Le volume d’électricité réservé n’est pas un résultat en soi.
La France dispose d’un système électrique bas-carbone et d’une capacité de production supérieure à sa consommation récente. La doctrine LPE veut transformer cet atout en investissements durables sans privatiser le bénéfice ni socialiser silencieusement le risque. Un contrat productif doit pouvoir être lu, contrôlé et rompu.