Le 3J/3J proposé par LPE désigne un cycle de trois jours travaillés puis trois jours libérés. Ce n’est pas une semaine de trois jours, puisque le cycle se décale dans le calendrier et comprend des week-ends travaillés. Ce n’est pas non plus une promesse de salaire maintenu pour tous : le modèle doit d’abord être expérimenté, chiffré et abandonné là où il dégrade la santé, le service ou l’économie de l’entreprise.
Sur six jours, trois seraient travaillés et trois libérés. Rapporté à une année, le salarié travaille donc environ la moitié des jours du cycle. La durée hebdomadaire moyenne dépend de la longueur des journées, des congés et de l’accord collectif. Trois journées de dix heures représentent trente heures par cycle de six jours, soit trente-cinq heures en moyenne sur sept jours. Cette arithmétique simple ne dit rien de la pénibilité réelle ni de la faisabilité d’un poste.
Le droit actuel pose des limites. Sauf dérogations encadrées, la durée quotidienne maximale est de dix heures ; la durée hebdomadaire ne peut dépasser quarante-huit heures sur une semaine ni quarante-quatre heures en moyenne sur douze semaines. Le repos quotidien minimal est en principe de onze heures. Un projet 3J/3J doit respecter ces protections, pas les contourner par un jeu de calendrier.
Ce que l’on chercherait à vérifier
LPE propose des pilotes volontaires dans des organisations où une rotation a du sens : production continue, maintenance, logistique, certains accueils, équipes techniques ou services fonctionnant déjà par cycles. D’autres activités, notamment celles qui exigent la présence régulière de la même personne cinq jours par semaine, peuvent être incompatibles.
Chaque pilote partirait d’un accord négocié précisant la durée des journées, les pauses, les nuits, les week-ends, les congés, la rémunération, les remplacements et le droit de retour à l’organisation précédente. Les petites entreprises ne seraient pas contraintes d’adopter une rotation qu’elles ne peuvent couvrir.
Le maintien du salaire ne serait retenu que si le montage économique est explicite. Il peut venir d’une productivité accrue, d’une meilleure utilisation d’équipements, d’une baisse de l’absentéisme, d’une réduction du turnover ou d’une réorganisation des primes. S’il suppose simplement d’intensifier le travail ou de reporter le coût sur les prix, l’hypothèse doit être refusée.
Ne pas confondre jours réduits et temps réduit
L’Anact rappelle que la « semaine en quatre jours » recouvre plusieurs réalités : compression du même nombre d’heures, réduction du temps de travail, alternance d’équipes ou modulation. Le 3J/3J exige la même précision. Une journée plus longue peut réduire les trajets et offrir de longues plages de repos, mais elle peut aussi augmenter la fatigue, les erreurs et les difficultés de garde d’enfants.
L’évaluation distinguerait donc les métiers. Dix heures assis devant un écran, dix heures de conduite, dix heures de soins ou dix heures dans un atelier ne produisent pas les mêmes risques. Le médecin du travail, les représentants du personnel et les salariés participeraient à la conception et pourraient demander l’arrêt du pilote.
Les temps partiels, les salariés handicapés, les parents isolés et les proches aidants doivent pouvoir bénéficier d’aménagements sans être écartés de l’emploi. Une organisation censée donner du temps de vivre ne peut pas devenir une machine à exclure ceux qui ne supportent pas de longues amplitudes.
« Les coûts vont exploser »
Ils peuvent augmenter. Une équipe supplémentaire, des majorations de nuit ou de dimanche, une passation plus complexe et des remplacements ont un coût. Dans certains services continus, la meilleure continuité peut en contrepartie améliorer l’utilisation des équipements et l’attractivité des postes. Seuls les comptes du pilote permettent de trancher.
LPE exclut une généralisation politique fondée sur quelques témoignages heureux. L’évaluation serait indépendante et publierait le coût horaire, la production, la qualité, les accidents, l’absentéisme, les départs, les recrutements, les salaires, la satisfaction et la continuité du service. Les résultats défavorables seraient publiés au même titre que les réussites.
Un effet macroéconomique doit aussi être observé. Si le 3J/3J crée des besoins de recrutement, encore faut-il trouver et former les personnes. S’il ne fait que répartir le même travail sur des journées plus denses, il ne crée aucun emploi par magie. S’il augmente fortement les coûts dans un secteur exposé, il peut déplacer la production au lieu de l’améliorer.
Une expérimentation avec une porte de sortie
Le pilote durerait assez longtemps pour dépasser l’enthousiasme initial et observer la fatigue. Il comporterait une clause d’arrêt, un bilan intermédiaire et une consultation anonyme des équipes. Aucun salarié ne perdrait un droit acquis pour avoir signalé un problème.
Le 3J/3J mérite mieux qu’un slogan pour ou contre. Il formule une question légitime : peut-on organiser certains métiers autrement afin de mieux partager le temps, les équipements et la vie ? La réponse honnête est oui, parfois. C’est précisément pour savoir où, à quel coût et sous quelles protections qu’il faut tester avant de promettre.