Oui, si les stocks permettent de pêcher, si l’accès aux droits est lisible, si les bateaux peuvent être transmis et si une part suffisante du prix revient au pêcheur. Subventionner le carburant ou idéaliser les petits bateaux ne suffit pas à construire un avenir.
La pêche artisanale recouvre des métiers différents selon la durée des sorties, les engins, les espèces et les façades. La taille d’un navire ne dit pas à elle seule son impact écologique ni sa rentabilité. Une petite unité peut dépendre d’un stock fragile ; un bateau plus grand peut respecter un quota et une sélectivité exigeante.
Le rapport 2025 de l’Observatoire de la formation des prix et des marges indique que la marge nette de la flotte française s’est légèrement redressée en 2022, tout en restant inférieure à sa moyenne d’avant la pandémie. Les données arrivent avec délai, mais elles montrent la sensibilité du secteur aux recettes de débarquement, à l’énergie, aux salaires et à la maintenance.
Accéder au poisson et au métier
Un jeune peut trouver un bateau sans disposer des droits de pêche adaptés. La transparence de l’attribution des quotas, licences et antériorités est donc centrale. LPE publierait les critères, les bénéficiaires par catégories agrégées et les mouvements de droits, dans le respect des secrets commerciaux.
Une part des possibilités pourrait être réservée à l’installation, sous condition de compétence, de viabilité et de pratiques compatibles avec l’état des stocks. Elle ne serait pas attribuée définitivement sans activité réelle. Les droits inutilisés ou purement spéculatifs seraient réexaminés selon le droit français et européen.
La formation couvrirait la navigation, la sécurité, la gestion, la maintenance, la réglementation et la commercialisation. Des périodes d’embarquement rémunérées permettraient d’apprendre sans faire du nouvel entrant une main-d’œuvre gratuite.
Renouveler sans augmenter la surcapacité
Une flotte vieillissante peut consommer davantage, être moins sûre et rendre le métier pénible. Aider au renouvellement ne doit pourtant pas augmenter la capacité de pêche lorsque les stocks ne le permettent pas.
LPE conditionnerait les aides à un bilan de capacité, à la sélectivité des engins, à la sécurité et à la consommation. La modernisation pourrait viser le moteur, le froid, les conditions de travail ou la vente à bord sans accroître le volume capturable.
Les solutions énergétiques seraient testées selon les profils réels de navigation. Promettre une motorisation unique à toute la flotte ignorerait l’autonomie, le poids, l’accès aux ports et la disponibilité des carburants.
« Les petites unités resteront trop chères »
Certaines ne seront pas viables, même aidées. Le soutien public ne doit pas conserver chaque entreprise. Il doit rendre possibles les unités capables de rémunérer l’équipage, entretenir le bateau et respecter les ressources.
La valeur peut être améliorée par la qualité, la fraîcheur, la transformation locale, la vente contractualisée et une meilleure information du consommateur. Mais tous les volumes ne se vendront pas en circuit court. Les criées, mareyeurs, poissonniers et grandes surfaces restent des acteurs de la chaîne ; leurs marges et services doivent être observés sans les désigner globalement comme responsables.
La concurrence des importations soulève aussi une question de normes et d’information. L’origine et la méthode de production doivent être contrôlées. Fermer le marché ne reconstituerait pas les stocks français et pourrait augmenter fortement les prix.
Partir de la ressource vivante
Les avis scientifiques d’Ifremer et les décisions européennes sur les possibilités de pêche resteraient la base. Une aide serait suspendue si elle encourage une pression incompatible avec le stock. Les professionnels participeraient à la collecte de données et à l’expérimentation des engins, sans remplacer l’expertise indépendante.
Le tableau de bord suivrait le revenu par marin, les accidents, l’âge des chefs d’entreprise, les installations, la part du prix de détail revenant à la première vente, la consommation d’énergie et l’état des stocks ciblés. Une hausse du nombre de bateaux dans une ressource en déclin ne serait pas une réussite.
La pêche artisanale redevient un métier d’avenir lorsqu’un jeune peut y entrer sans acheter une rente opaque, travailler en sécurité et vivre d’une ressource préservée. LPE veut soutenir cette chaîne complète. Le bateau n’est que l’un de ses maillons.