Avoir deux nationalités ne crée ni une faute ni une loyauté suspecte. Un binational est un citoyen français avec les mêmes droits et devoirs que les autres. Ses langues, ses réseaux et sa connaissance de plusieurs sociétés peuvent en revanche devenir des compétences utiles, à condition que l’État les sollicite librement et ne transforme jamais l’origine en fichier.
La double nationalité résulte de règles différentes : naissance, filiation, mariage, naturalisation ou histoire familiale. Elle recouvre des vies sans rapport entre elles. Présumer un comportement politique à partir de ce seul statut serait injuste et inefficace.
La France entretient par ailleurs un vaste réseau consulaire et compte près de 1,8 million d’inscrits au registre des Français établis hors de France à la fin de 2025. Tous ne sont pas binationaux et tous les Français de l’étranger ne s’inscrivent pas. Ce chiffre rappelle simplement que la citoyenneté française se vit aussi à travers des circulations internationales.
Des compétences, pas une catégorie de population
LPE propose un réseau volontaire de « passeurs » pour la coopération économique, culturelle, scientifique et humanitaire. Il serait ouvert à toute personne possédant une compétence vérifiable : langue, connaissance professionnelle d’un pays, expérience associative, recherche, commerce extérieur ou médiation culturelle. La binationalité pourrait expliquer une partie de cette expérience, mais ne constituerait ni une condition ni un avantage automatique.
Une entreprise qui cherche un fournisseur, une université préparant un partenariat ou une collectivité accueillant une délégation gagnerait à consulter des personnes connaissant les usages des deux côtés. De même, une crise consulaire ou humanitaire peut exiger une compréhension fine des langues et des réseaux locaux. Refuser ces ressources par soupçon affaiblirait la France.
Le réseau ne serait pas une diplomatie parallèle. Les missions engageant l’État resteraient placées sous la responsabilité des administrations et des diplomates. Un volontaire pourrait préparer, traduire, expliquer ou mettre en relation ; il ne signerait pas un engagement au nom de la République.
Aucune liste fondée sur les origines
L’inscription serait volontaire et décrirait des compétences, non une appartenance supposée. L’administration n’établirait pas de registre général des binationaux. Elle ne demanderait pas à une personne de représenter « sa communauté » ni de justifier une origine familiale.
Les données seraient limitées à ce qui est nécessaire pour la mission, conservées pendant une durée annoncée et accessibles à la personne concernée. Une candidature pourrait être retirée sans justification. Le recrutement respecterait les règles ordinaires de non-discrimination et de protection des données.
Pour une mission sensible, les mêmes contrôles de sécurité, de compétence et de probité s’appliqueraient à tous. La nationalité étrangère ne déclencherait pas automatiquement une exclusion ; elle pourrait seulement être prise en compte lorsqu’une incompatibilité juridique précise ou un conflit d’intérêts concret existe.
« Deux passeports, deux allégeances »
La formule frappe, mais elle ne décrit pas la réalité juridique. Des obligations étrangères peuvent parfois créer une difficulté : service militaire, règles successorales, fiscalité, accès consulaire ou conflit entre deux législations. Ces situations doivent être examinées une par une.
Un responsable chargé d’un contrat dans un pays avec lequel il entretient des intérêts économiques devrait les déclarer. Cette obligation vaut aussi pour un Français n’ayant qu’une nationalité. La prévention des conflits d’intérêts repose sur les fonctions exercées et les intérêts détenus, pas sur un soupçon collectif.
La protection consulaire peut également être plus complexe lorsque la personne se trouve dans l’État dont elle possède aussi la nationalité. Informer clairement les voyageurs est légitime. En déduire une citoyenneté française amoindrie ne l’est pas.
Un échange qui reste loyal envers tous
Le réseau publierait ses critères de sélection, ses missions, ses dépenses et ses résultats agrégés. Les personnes rémunérées le seraient pour un travail défini ; le bénévolat ne servirait pas à remplacer durablement des emplois diplomatiques. Toute intervention commerciale comporterait une déclaration d’intérêts et une interdiction de favoriser secrètement une entreprise.
L’efficacité se mesurerait au nombre de partenariats conclus, aux projets effectivement réalisés, aux litiges évités et à la diversité des compétences mobilisées. Elle ne se compterait pas en communautés représentées, car l’État ne doit pas enfermer les citoyens dans une identité assignée.
La France n’a rien à gagner à considérer ses binationaux comme un problème abstrait. Elle a beaucoup à gagner à reconnaître les compétences de tous ses citoyens. Un pont n’est utile que si chacun choisit de le construire et si les règles empêchent qu’il devienne une zone d’influence opaque.