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LE PEUPLE ÉLU LE JOURNAL DE LA FRANCE RÉELLE
HEBDOMADAIRE
ÉDITION NUMÉRIQUE

Retraite à 60 ans : l’équation que LFI oublie de regarder jusqu’au bout

La retraite à 60 ans est séduisante. LFI explique même comment elle entend la financer à court terme. Mais une retraite par répartition ne repose pas seulement sur de l’argent : elle repose aussi sur les générations qui viendront le produire. LFI propose la retraite à 60 ans et avance des financements. Mais que devient cette promesse lorsque la France tombe à 1,56 enfant par femme et que le nombre d’actifs par personne âgée s’effondre ?

Retraite à 60 ans : l’équation que LFI oublie de regarder jusqu’au bout
ILLUSTRATION ÉDITORIALEÉconomie

Retraite à 60 ans : le problème démographique que LFI ne résout pas


La retraite à 60 ans est une belle promesse.

Et c’est précisément pour cela qu’elle mérite mieux qu’un slogan.

La France insoumise propose d’abroger le passage à 64 ans et de rétablir la retraite à 60 ans à taux plein pour 40 annuités de cotisations.

Contrairement à ce que disent certains de ses adversaires, LFI ne propose d’ailleurs pas cette mesure sans financement.

Son programme prévoit notamment d’augmenter progressivement les cotisations vieillesse de 0,25 point par an pendant cinq ans et de soumettre aux cotisations certains revenus financiers, dividendes, intéressement et participation.

La critique sérieuse ne consiste donc pas à dire :

« Ils n’ont rien prévu. »

Ce serait faux.

La véritable question est beaucoup plus difficile :

Que finance-t-on réellement quand on finance une retraite ?

On peut déplacer des milliards.

On peut augmenter les cotisations.

On peut taxer davantage les dividendes.

On peut modifier la répartition entre salaires et capital.

Toutes ces décisions changent la façon dont la richesse est partagée.

Mais aucune ligne comptable ne crée un infirmier.

Aucune taxe ne fabrique un boulanger.

Aucune cotisation supplémentaire ne fait apparaître un ingénieur, un agriculteur, un artisan ou un professeur.

Une retraite par répartition repose sur une réalité extrêmement simple :

la génération qui travaille produit une partie de la richesse consommée par la génération qui ne travaille plus.

L’argent n’est que l’instrument qui organise ce transfert.

Et c’est là que commence le problème que presque tout le débat français sur les retraites contourne.


La France ne manque pas seulement d’argent.

Elle commence à manquer de générations.

En 2025, la fécondité française est tombée à 1,56 enfant par femme, contre 2,02 en 2010 en France métropolitaine.

L’Insee indique qu’il faut remonter à la période de la Première Guerre mondiale pour retrouver un niveau aussi faible en métropole.

Mais le chiffre le plus inquiétant est peut-être ailleurs.

Le Conseil d’orientation des retraites a complètement révisé ses hypothèses démographiques en 2026.

Son scénario central repose désormais sur seulement :

1,45 enfant par femme à partir de 2028.

Regardons maintenant ce que cela signifie.

En 2009, la France comptait environ :

3,6 personnes âgées de 20 à 64 ans pour une personne de 65 ans ou plus.

En 2025 :

2,5.

Dans le scénario central du COR, en 2070 :

1,62.

Ce ratio n’est pas exactement le nombre de cotisants par retraité — le COR le précise lui-même — car tout le monde entre 20 et 64 ans ne travaille pas et toute personne de plus de 65 ans n’est pas nécessairement retraitée.

Mais il donne la direction démographique fondamentale.

Et elle est spectaculaire.

Nous allons vers une société dans laquelle chaque génération active devra supporter proportionnellement beaucoup plus de personnes âgées.


Maintenant, reposons la question des 60 ans.

Supposons que nous décidions collectivement que chacun doit pouvoir partir plus tôt.

Pourquoi pas ?

Une civilisation peut parfaitement décider que les gains de productivité doivent permettre de travailler moins longtemps.

C’est même un objectif humain parfaitement défendable.

Mais alors il faut répondre simultanément à plusieurs questions :

Qui travaille ?

Combien sommes-nous à produire ?

Quelle productivité avons-nous ?

Combien de personnes devons-nous financer ?

Combien d’années vivent-elles après leur départ ?

Et surtout :

combien d’enfants préparons-nous aujourd’hui à devenir les actifs de demain ?

C’est précisément cette dernière dimension qui disparaît presque entièrement du débat politique.


LFI possède une politique familiale.

Mais ce n’est pas encore une politique démographique.

Soyons rigoureux.

Dire que La France insoumise « ne fait rien pour les familles » serait faux.

Elle propose notamment un service public de la petite enfance, la création de 500 000 places supplémentaires en crèche et modes de garde, ainsi que la gratuité des crèches publiques.

Ce sont de véritables politiques familiales.

Certaines peuvent d’ailleurs contribuer indirectement à permettre aux Français qui désirent des enfants d’en avoir.

Mais il manque une question centrale :

quel équilibre démographique voulons-nous pour la France dans trente, cinquante ou soixante-dix ans ?

L’objectif de LFI est principalement social :

mieux accueillir les enfants, protéger les parents, redistribuer davantage, améliorer les services publics.

La question démographique est différente.

Elle consiste à regarder la pyramide des âges et à demander :

qui sera encore là pour financer tout cela ?

Le COR lui-même montre désormais combien cette variable compte.

Avec une fécondité de 1,2 enfant par femme, la part des dépenses de retraite dans le PIB serait, à l’horizon 2070, environ un point supérieure à celle du scénario central.

Avec une fécondité de 1,7, elle serait au contraire environ un point inférieure.

Un point de PIB français, ce sont des dizaines de milliards d’euros.

La natalité n’est donc pas un supplément moral à une politique familiale.

C’est une variable économique.


Taxer le capital ne suffira pas à fabriquer des enfants.

C’est ici que le débat devient intéressant.

LFI répond à une grande partie de la crise sociale en déplaçant davantage de richesse du capital vers le travail et les prestations collectives.

Sur de nombreux sujets, ce raisonnement a une logique.

Le capital capte effectivement une part de la valeur.

Certaines rentes doivent être combattues.

Certaines fortunes peuvent contribuer davantage.

Mais il existe une limite physique au raisonnement redistributif.

Vous pouvez taxer un milliardaire.

Vous ne pouvez pas taxer quelqu’un qui n’est jamais né.

Vous pouvez prélever davantage sur les profits de 2030.

Vous ne pouvez pas prélever les cotisations de salariés qui manqueront en 2055.

Et vous pouvez répartir autrement la richesse produite.

Vous ne pouvez pas répartir une production qui n’existe pas.

Voilà pourquoi retraites, natalité, travail et productivité devraient être traités comme une seule équation.


Il existe également une contradiction plus profonde dans notre époque.

Depuis plusieurs décennies, nos sociétés occidentales ont formidablement augmenté l’autonomie individuelle.

Et une immense partie de cette évolution constitue un progrès.

Une femme doit pouvoir travailler.

Une femme doit pouvoir disposer de son argent.

Une personne homosexuelle doit évidemment bénéficier des mêmes droits et de la même dignité qu’une personne hétérosexuelle.

Combattre les violences, les discriminations ou l’exclusion n’a rien d’« ultra-capitaliste ».

Confondre ces droits avec le capitalisme serait une erreur.

Mais une autre question mérite d’être posée.

Que fait le capitalisme de nos émancipations ?

Car le capitalisme possède une capacité extraordinaire :

il transforme presque tout en marché.

Il peut transformer l’indépendance en consommation.

L’identité en segmentation commerciale.

La contestation en campagne publicitaire.

La libération sexuelle en industrie.

La solitude en abonnement.

La rencontre en plateforme.

L’image de soi en produit.

Même les combats initialement dirigés contre des structures de domination peuvent finir imprimés sur un tee-shirt vendu par une multinationale.

Ce phénomène ne rend pas les droits des femmes ou des personnes LGBT illégitimes.

Il montre quelque chose de beaucoup plus intéressant :

le capitalisme sait parfaitement absorber une révolution culturelle tant qu’il peut la transformer en comportement marchand.


Le problème n’est donc pas l’émancipation.

Le problème est une société qui n’a pensé que l’individu et oublié la génération suivante.

Nous avons appris à demander :

Que veux-je devenir ?

Quelle carrière veux-je ?

Quelle identité veux-je construire ?

Comment veux-je vivre ?

Ce sont des questions légitimes.

Mais une civilisation doit également être capable d’en poser une autre :

qu’allons-nous transmettre ?

Parce qu’une société ne se reproduit pas uniquement avec des droits individuels.

Elle se reproduit avec des enfants.

Des logements où ils peuvent grandir.

Du temps disponible pour leurs parents.

Des revenus suffisamment sûrs pour envisager leur naissance.

Des écoles.

Des familles sous toutes leurs formes.

Des adultes capables de transmettre.

Et une économie qui ne transforme pas l’arrivée d’un enfant en risque de déclassement.


C’est probablement ici que se situe la grande erreur française.

Nous opposons constamment deux camps.

D’un côté :

« Travaillez plus longtemps pour sauver les retraites. »

De l’autre :

« Taxons davantage pour partir à 60 ans. »

Et si les deux réponses étaient incomplètes ?

Car il existe une troisième question :

pourquoi avons-nous organisé une société dans laquelle avoir les enfants qui financeront demain notre système social devient aujourd’hui économiquement si difficile ?

Voilà le cœur du problème.


Une véritable politique des retraites devrait commencer vingt-cinq ans avant la retraite.

Elle commencerait dans le logement.

Dans le prix de l’énergie.

Dans le reste à vivre.

Dans le coût de la garde d’enfants.

Dans l’emploi.

Dans la stabilité des couples et des familles lorsqu’elles existent.

Dans la possibilité de consacrer du temps à ses enfants.

Dans la production nationale.

Dans l’investissement.

Dans la lutte contre les rentes.

Dans la transmission.

Elle chercherait simultanément à obtenir quatre choses :

  • davantage de richesse réellement produite ;
  • davantage de cette richesse restant entre les mains de ceux qui travaillent ;
  • une société permettant réellement à ceux qui désirent des enfants de les avoir ;
  • et une part du prélèvement sur les rentes permettant de soulager le financement pesant uniquement sur le travail.

L’objectif ne serait alors plus :

« faire payer les actifs plus longtemps »

ou :

« faire payer les riches davantage ».

Ce serait :

construire une société capable de financer ses anciens sans sacrifier ses actifs ni ses enfants.


Voilà pourquoi la retraite à 60 ans ne peut pas être une mesure isolée.

Je comprends parfaitement pourquoi elle séduit.

Après quarante années de travail, beaucoup de Français sont épuisés.

Certains métiers détruisent les corps.

Certains travailleurs meurent quelques années seulement après avoir quitté leur activité.

Une société développée devrait évidemment chercher à réduire la part d’une vie consacrée au travail contraint.

Mais promettre 60 ans sans reconstruire simultanément la démographie, la productivité, le logement, la production et le partage de la valeur revient à commencer la construction d’une maison par son balcon.

La mesure peut être désirable.

Cela ne signifie pas que l’architecture qui la porte soit suffisante.


Le véritable débat n’est donc pas : 60, 62 ou 64 ans.

Le véritable débat est :

Quelle civilisation voulons-nous encore pouvoir financer en 2050 ?

À 1,45 enfant par femme, la question ne peut plus être évacuée.

Quand le rapport entre les 20-64 ans et les plus de 65 ans pourrait passer de 3,6 en 2009 à environ 1,62 en 2070, il ne suffit plus de déplacer quelques lignes de cotisations.

Il faut regarder cinquante ans devant nous.

LFI a raison de rappeler qu’une société peut décider de mieux répartir ses richesses.

Mais répartir autrement n’est pas encore produire davantage.

Et produire davantage n’est pas encore préparer ceux qui produiront demain.

C’est là que commence une politique civilisationnelle.

Une politique qui ne demande pas seulement :

« Combien devons-nous verser aux retraités ? »

Mais aussi :

« Qui seront les travailleurs de demain ? »

« Dans quelle économie travailleront-ils ? »

« Combien leur restera-t-il pour vivre ? »

« Pourront-ils eux-mêmes avoir des enfants ? »

Et surtout :

« Que leur aurons-nous laissé ? »

Une dette ?

Des rentes ?

Un système social devenu impossible à financer ?

Ou une société suffisamment intelligente pour comprendre qu’entre un nouveau-né de 2027 et une pension versée en 2067, il existe une seule et même politique ?

La politique des générations.

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LES FAITS DERRIÈRE L’ARTICLE

Vérifiez d’abord la donnée. Discutez ensuite notre conclusion.

CE QUE LE PROGRAMME CHIFFRE DÉJÀ

Chaque proposition doit pouvoir montrer ses appuis.

11OFFICIELLE_BRUTE déclarée dans la V4

L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025, après 1,61 en 2024. Il se situe très en dessous du niveau permettant, à long terme et hors migrations, le remplacement des générations. (Insee)

Organisme cité : Insee Voir le passage dans la V4 →
10OFFICIELLE_BRUTE déclarée dans la V4

En 2025, le sous-emploi concernait environ 4,4 % des personnes en emploi. Il s’agit notamment de personnes travaillant à temps partiel mais souhaitant travailler davantage, ou connaissant une réduction temporaire de leur activité.

Voir le passage dans la V4 →
13Organisme public cité dans la V4

La France comptait 17,2 millions de personnes percevant une pension de droit direct d’au moins un régime français à la fin de 2023. Leur nombre avait augmenté de 1,3 % en un an. Les femmes représentaient 53 % de cette population. (Drees)

Organisme cité : DREES Voir le passage dans la V4 →
13OFFICIELLE_BRUTE déclarée dans la V4

Selon le rapport 2026 du Conseil d’orientation des retraites, les dépenses du système de retraite atteignaient environ 422 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du PIB et 24,3 % de l’ensemble des dépenses publiques.

Organisme cité : DREES Voir le passage dans la V4 →

DANS LE PROGRAMME

Ce sujet touche plusieurs décisions à la fois.

Transmettre mieux

L’héritage, ce n’est pas garder le monde en l’état. C’est le rendre plus juste avant de le transmettre.
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