Le numérique, la santé et la transition écologique ont besoin d’usines, de matériaux, de machines, d’énergie, d’eau et de techniciens. Réindustrialiser ne signifie pas reproduire les pollutions d’hier ni promettre le retour de chaque emploi disparu. LPE propose de planifier les filières d’avenir autour des compétences, des friches, de l’énergie, du fret et du financement, avec un bilan de cycle de vie.
Une application fonctionne dans des centres de données. Un hôpital dépend de médicaments, de dispositifs et de pièces. Un réseau électrique exige du cuivre, des transformateurs et des câbles. Une rénovation thermique mobilise isolants, vitrages, outils et artisans. Même l’économie dite immatérielle repose sur une base physique, souvent produite loin de la France.
Relocaliser quoi, et à quel prix ?
Tout fabriquer sur le territoire serait impossible et inutile. Certaines chaînes ont besoin d’échanges européens ou mondiaux. La souveraineté n’est pas l’autarcie ; elle est la capacité à ne pas être paralysé par une dépendance critique et à conserver des compétences permettant d’agir.
Les filières prioritaires devraient être choisies selon plusieurs critères : besoin national ou européen, vulnérabilité d’approvisionnement, valeur ajoutée, compétences, potentiel de décarbonation, marché et impact territorial. Une annonce d’investissement ne serait pas comptée comme une usine avant la production effective.
La Direction générale des entreprises rappelle que l’industrie représente environ 18 % des émissions françaises de gaz à effet de serre et doit profondément se décarboner. Cette part territoriale ne couvre pas toutes les émissions importées par notre consommation. Une relocalisation peut augmenter les émissions comptées en France tout en réduisant l’empreinte globale si la production est plus propre et le transport moindre ; seule une analyse de cycle de vie peut le montrer. DGE, décarboner l’industrie.
Le plan LPE : réunir les conditions avant la subvention
Un projet industriel ne dépend pas seulement d’un chèque. Il lui faut un terrain prêt, une alimentation électrique, parfois de l’eau, un raccordement, du fret, des permis, des sous-traitants et des salariés formés. LPE propose des contrats de site réunissant ces conditions avant l’annonce finale.
Les friches existantes seraient examinées en priorité, sans faire croire qu’elles sont toutes immédiatement utilisables. Dépollution, accès, voisinage et biodiversité peuvent rendre certains sites coûteux. Le foncier neuf resterait possible lorsqu’aucune alternative ne tient, avec sobriété et compensation conforme au droit.
La formation commencerait avant l’ouverture. Régions, lycées professionnels, universités et entreprises publieraient les compétences recherchées, les places et les engagements d’embauche. Les aides seraient versées par jalons : permis, travaux, machines, production, emplois durables.
« L’industrie moderne crée peu d’emplois et déplace la pollution »
L’automatisation réduit parfois le nombre d’emplois directs. Une usine très capitalistique ne ressuscitera pas à elle seule un bassin. Il faut donc arrêter de présenter chaque milliard investi comme un nombre mécanique d’emplois. Le bilan suivrait les postes directs, les sous-traitants, la durée, les salaires, la formation et la valeur ajoutée locale.
Le risque de pollution déplacée existe également. Une batterie, un panneau ou un électrolyseur peuvent dépendre de matières extraites dans des conditions contestables. LPE propose une traçabilité des matières critiques, des critères de cycle de vie et une stratégie de recyclage. Une dépendance ne serait pas déclarée supprimée lorsqu’elle a seulement changé de pays ou de minerai.
Enfin, une énergie artificiellement sous-tarifée sans contrepartie socialiserait le coût. Les contrats de long terme seraient liés à l’investissement, à l’emploi, à l’efficacité et à des clauses de remboursement en cas de délocalisation. RTE fournirait les hypothèses de capacité réseau ; l’autorité de sûreté conserverait son indépendance pour les activités nucléaires. RTE, analyses et données ; ASNR, sûreté nucléaire.
Les preuves attendues
Chaque contrat publierait les aides, le coût du raccordement public, l’eau, le foncier, les émissions de cycle de vie, les emplois et les jalons. Une contre-expertise examinerait les projets majeurs. Les aides récupérables le deviendraient en cas de fausse déclaration, de fermeture précoce ou de délocalisation non prévue.
La Cour des comptes a souligné les enjeux de sélection et de gouvernance dans les appels à projets de France 2030. Ce retour doit servir à améliorer la politique industrielle, pas à l’abandonner. Cour des comptes, appels à projets du PIA4.
L’industrie n’est pas une nostalgie de cheminée. Elle est la capacité de fabriquer, réparer et transformer ce dont notre avenir a besoin. La relance sera crédible si elle compte les usines qui produisent, les compétences qui restent et les impacts réellement réduits — pas les rubans coupés.