Le travail doit produire des biens, des services ou une capacité utile, faute de quoi aucune économie ne tient. Mais le réduire à la quantité produite oublie la santé, l’autonomie, les compétences, la qualité et les effets sur les autres. LPE propose d’évaluer ces dimensions avec les partenaires sociaux, sans attribuer une valeur morale aux métiers ni créer un indice unique.
La productivité mesure un rapport entre une production et les moyens utilisés. C’est un outil essentiel. Elle ne dit pas, à elle seule, si un soin a été correctement expliqué, si une réparation durera, si un salarié apprend encore, si les erreurs augmentent ou si le rythme détruit la capacité de travailler demain.
Dans certains services, compter davantage d’actes peut même détériorer le résultat. Un enseignant, un infirmier, un artisan ou un conseiller peut « produire » plus vite tout en laissant davantage de problèmes derrière lui. Dans l’industrie, la cadence peut monter alors que les rebuts, accidents ou arrêts de ligne effacent le gain.
Quand le travail perd son sens
La Dares associe souvent la perte de sens à des objectifs chiffrés rigides, des procédures qui empêchent de bien faire et des réorganisations fréquentes. Cela ne signifie pas que tout indicateur serait mauvais. Cela signifie qu’un salarié peut atteindre le chiffre demandé tout en sachant que le service réel se dégrade. Dares, « Quand le travail perd son sens ».
En 2026, le taux d’activité a atteint un niveau élevé, tandis que l’emploi salarié privé a montré des signes de faiblesse au deuxième trimestre. Ces évolutions rappellent que la quantité d’emplois, la durée du travail et la qualité des postes sont trois questions distinctes. Dares, situation du marché du travail au premier trimestre 2026.
La proposition LPE : un tableau pluraliste du travail
Dans chaque branche ou grande organisation publique, un accord définirait quelques indicateurs complémentaires à la production : accidents et usure, turnover, autonomie, compétences acquises, défauts ou reprises, satisfaction des usagers et capacité à tenir le service dans le temps. Les critères varieraient selon les métiers.
Un atelier ne se juge pas comme une école. Une maison de retraite ne se juge pas comme un entrepôt. Les partenaires sociaux, les professionnels et les usagers devraient pouvoir discuter de ce qui constitue un travail correctement réalisé. L’État fixerait le cadre de transparence et de santé, sans imposer une note universelle de « valeur sociale ».
Cette méthode aurait un usage précis : éclairer les décisions d’organisation, de prévention, de formation et d’aide publique. Elle ne servirait pas à décider que certains salariés sont moralement supérieurs à d’autres ni à réduire leur salaire au score d’une plateforme.
« Vous remplacez la productivité par des critères subjectifs »
Le risque est réel. Un indicateur de satisfaction peut être biaisé. Un manager peut sélectionner les chiffres favorables. Une entreprise peut produire un rapport social sans modifier le travail. La réponse n’est pas de renoncer à mesurer ; elle est de publier la méthode, croiser les sources et limiter le nombre d’indicateurs.
Les données de santé seraient anonymisées et protégées. Le salarié disposerait d’une voie de contestation. Les comparaisons tiendraient compte du secteur, du public et du territoire. Une baisse de production ne serait pas automatiquement justifiée par une amélioration déclarée du bien-être ; les deux dimensions resteraient visibles.
L’objection inverse consiste à promettre qu’une meilleure qualité de vie augmente toujours la productivité. Ce n’est pas garanti. Réduire un rythme dangereux peut coûter à court terme. Former prend du temps. LPE assume que certaines protections ont une valeur même lorsque le gain financier n’est pas immédiat, tout en exigeant que leur coût soit présenté.
Ne pas confondre réflexion et nouvelle bureaucratie
Les petites entreprises ne peuvent pas remplir les mêmes tableaux qu’un groupe de cinquante mille salariés. Sous un seuil, des outils de branche simples et anonymisés remplaceraient les rapports individuels. Les contrôles s’appuieraient d’abord sur les obligations existantes en matière de santé, de temps et de dialogue social.
Les données nationales de la Dares sur les conditions de travail, le temps et l’emploi offriraient une base commune. Le Code du travail demeure le socle : l’expérimentation ne peut réduire les garanties légales ou neutraliser la représentation des salariés. Dares, conditions de travail ; Légifrance, Code du travail.
Le travail ne doit pas seulement occuper ni seulement produire vite. Il doit permettre une production réelle, soutenable et digne. Mesurer cette réalité avec plusieurs indicateurs ne résout pas tout. Cela rend au moins visibles les gains qui durent et les performances qui se paient plus tard en maladie, départs ou mauvaise qualité.