Un référent de santé ne doit ni diagnostiquer à la place d’un médecin ni prescrire hors de son cadre légal. Sa fonction serait d’aider une personne à obtenir les bons rendez-vous, suivre sa prévention et ne pas se perdre entre les services. S’il devient le substitut imposé au médecin dans les territoires pauvres, la proposition doit être refusée.
Le système français connaît déjà plusieurs formes de coordination : médecin traitant, infirmier en pratique avancée, assistant médical, pharmacien correspondant dans certaines conditions, coordinateur de parcours ou dispositif d’appui. Le futur référent ne doit pas ajouter un interlocuteur dont personne ne comprend la compétence.
LPE répond à une situation concrète. Une personne diabétique peut devoir organiser des analyses, un suivi ophtalmologique, des renouvellements, des conseils alimentaires et des démarches administratives. Le médecin reste responsable des décisions médicales, mais une partie du parcours tient à la coordination et à la prévention.
Une fiche de mission courte
Le référent pourrait expliquer le parcours, rappeler une échéance avec l’accord du patient, aider à prendre un rendez-vous, vérifier qu’un compte rendu est arrivé, orienter vers un professionnel habilité et repérer une rupture de suivi. Il ne poserait pas de diagnostic, ne modifierait pas un traitement et ne trierait pas seul une urgence.
Selon les territoires, cette fonction pourrait être exercée par un infirmier, un autre professionnel de santé ou un agent spécifiquement formé, toujours au sein d’une équipe supervisée. Le titre seul ne créerait aucune compétence clinique. Chaque acte resterait rattaché au Code de la santé publique et au diplôme de la personne qui l’accomplit.
Le patient connaîtrait le nom, la qualification et les limites du référent. Il resterait libre de refuser ce service ou d’en changer. L’accès au médecin ne pourrait être conditionné au passage préalable par ce dispositif.
Le signal d’alarme doit être clair
La coordination devient dangereuse si elle retarde une consultation. Des protocoles simples préciseraient les symptômes ou situations qui imposent un appel au médecin, au 15 ou à un service spécialisé. En cas de doute clinique, le référent transmettrait ; il ne chercherait pas à rassurer pour respecter un objectif de flux.
Les outils numériques serviraient à rappeler et à transmettre, avec le consentement et les règles du secret médical. Aucun logiciel ne déciderait seul qu’un patient peut attendre. Les accès au dossier seraient limités, tracés et adaptés au rôle professionnel.
Les équipes consacreraient un temps régulier à l’analyse des incidents : rendez-vous manqué faute de transport, alerte non transmise, examen dupliqué ou patient orienté vers un service fermé. L’objectif n’est pas d’accumuler des actes de coordination, mais d’éviter les ruptures.
« Les pauvres auront un référent, les autres un médecin »
Ce risque existe si le dispositif est déployé seulement dans les zones déficitaires et présenté comme une compensation. LPE impose donc les mêmes standards de compétence, de supervision et d’accès au médecin quel que soit le territoire. Le référent complète une offre médicale ; il ne justifie pas de renoncer à former et répartir des soignants.
L’évaluation comparerait les délais de consultation, hospitalisations évitables, renoncements aux soins et satisfaction selon le revenu et le territoire. Si la coordination améliore seulement les dossiers simples tout en éloignant les cas complexes, elle aura échoué.
Une autre objection porte sur la bureaucratie. Un nouveau professionnel peut multiplier les appels et les formulaires. Le pilote devrait donc remplacer des démarches existantes, disposer d’un accès utile aux agendas et mesurer le temps économisé par le patient comme par les soignants.
Commencer par un pilote indépendant
Avant une généralisation, plusieurs bassins de vie testeraient des équipes différentes. Le protocole, le financement et les critères d’évaluation seraient publiés. Une équipe indépendante comparerait les résultats à des territoires semblables, sans promettre qu’une baisse d’hospitalisation découle automatiquement du référent.
Les indicateurs incluraient les délais, les ruptures de parcours, les escalades vers un médecin, les incidents, le consentement et les écarts sociaux. Le nombre de contacts ne serait jamais un résultat suffisant.
La médecine au rabais commence lorsqu’on remplace silencieusement une compétence par une autre. La coordination utile fait l’inverse : elle rend le médecin plus accessible pour ce qui exige son jugement et aide le patient pour tout ce qui, aujourd’hui, se perd entre deux rendez-vous.