On protège les habitants en régulant quartier par quartier ce qui retire durablement des logements, surcharge les services ou transforme les commerces, sans traiter chaque visiteur ni chaque location occasionnelle comme un ennemi. Le tourisme reste une richesse lorsqu’il finance des emplois et un patrimoine vivant ; il devient destructeur lorsque la destination ne permet plus à ceux qui y travaillent d’y habiter.
Le phénomène n’est pas uniforme. Une commune rurale qui cherche des visiteurs n’a pas le même problème qu’un centre historique saturé, une station littorale ou un village où la moitié des logements reste fermée hors saison. Les données nationales donnent le contexte, pas le diagnostic local : au 1er janvier 2025, l’Insee recensait 3,0 millions de logements vacants et 3,8 millions de résidences secondaires ou logements occasionnels en France hors Mayotte.
La loi du 19 novembre 2024 a renforcé les outils des communes. Elles peuvent notamment, par délibération motivée, abaisser de 120 à 90 jours par an le plafond de location touristique d’une résidence principale. D’autres leviers concernent l’enregistrement, les changements d’usage, les règles d’urbanisme et la performance énergétique. LPE partirait de ces instruments avant de créer une nouvelle couche nationale.
Mesurer la pression à la bonne échelle
Chaque territoire touristique publierait une carte par quartier ou bassin : résidences principales, secondaires, vacance, meublés de tourisme enregistrés, loyers, transactions, nuitées, saisonnalité, emplois et besoins de recrutement. Une moyenne communale peut cacher une rue presque entièrement touristique et un quartier sans tension.
Le diagnostic distinguerait la résidence principale louée quelques semaines, la résidence secondaire, le logement acheté pour la location permanente de courte durée, la chambre chez l’habitant et l’hébergement professionnel. Leur effet sur le parc et leur contribution économique diffèrent.
Les plateformes transmettraient les données prévues par la loi dans un format contrôlable. Un numéro d’enregistrement unique relierait l’annonce à l’autorisation sans publier l’identité du propriétaire. Les doublons et annonces changeant fréquemment de titre seraient détectés.
Une réponse graduée décidée localement
Lorsque la pression est faible, l’information, la collecte de taxe de séjour et le contrôle des nuisances peuvent suffire. À un niveau supérieur, la commune pourrait appliquer le plafond de 90 jours pour les résidences principales et renforcer les contrôles des changements d’usage.
Dans les zones les plus tendues, des quotas ou une autorisation limitée pourraient préserver un nombre minimal de logements permanents. Les règles seraient motivées par les données, révisées à date fixe et assorties d’un recours. Une autorisation acquise légalement ne serait pas supprimée du jour au lendemain sans transition.
Les recettes liées au tourisme financeraient prioritairement les coûts qu’il génère : propreté, eau, transports, sécurité, espaces naturels, logement saisonnier et patrimoine. L’affectation serait publiée. Une taxe ne répare pas à elle seule la disparition des habitants, mais elle évite que la collectivité subventionne indirectement la fréquentation.
« Vous portez atteinte à la propriété et à l’emploi »
La propriété comporte le droit d’user de son bien dans le cadre de la loi. Une restriction doit être nécessaire, proportionnée et prévisible. Interdire uniformément la location touristique dans tout le pays échouerait à ce test et fragiliserait des revenus utiles.
LPE protège l’usage occasionnel de la résidence principale dans les limites locales. Les contraintes les plus fortes viseraient la conversion professionnelle de logements dans les zones où l’accès des habitants est objectivement dégradé. Les propriétaires disposeraient d’un délai, d’une information et d’une voie de contestation.
L’emploi touristique doit être mesuré au-delà du nombre de nuitées. Un modèle peut créer des emplois précaires quelques mois tout en éloignant les salariés, fermer l’école et remplacer les commerces quotidiens. À l’inverse, une règle trop dure peut faire disparaître restaurants, guides, artisans et hébergements familiaux. Le tableau de bord suivrait emplois annuels, salaires, trajets domicile-travail et fermetures d’entreprises.
Redonner de la valeur aux séjours, pas seulement du volume
Les offices de tourisme orienteraient une partie de la demande vers les périodes et lieux capables de l’accueillir, avec l’accord des territoires concernés. Les jauges, réservations horaires et transports collectifs peuvent protéger un site fragile sans fermer la destination.
La réussite se mesurerait par les logements permanents, les loyers, les habitants à l’année, les nuitées, les emplois, les infractions, la consommation d’eau et la satisfaction des résidents comme des visiteurs. Une baisse du tourisme n’est pas automatiquement un succès ; une hausse non plus.
Un patrimoine sans habitants devient un décor. Un territoire fermé à tout visiteur se prive d’échanges et de revenus. La bonne politique maintient les deux présences : ceux qui vivent là toute l’année et ceux qui viennent découvrir sans prendre durablement leur place.
Sources
- Légifrance — Loi du 19 novembre 2024 renforçant les outils de régulation des meublés de tourisme
- Légifrance — Code du tourisme, article L. 324-1-1
- Service Public — Locations touristiques : nouvelles règles depuis 2025
- Insee — Parc de logements au 1er janvier 2025
- LPE — Ministère n°20 : Patrimoine et tourisme