Oui, un revenu parental mal conçu peut éloigner durablement des femmes de l’emploi. Le risque augmente lorsque l’indemnité est faible, la durée longue, les modes de garde rares et la prise du congé laissée presque entièrement à un seul parent. LPE ne peut défendre cette mesure qu’avec des droits individuels, une durée bornée et un retour professionnel garanti.
Les congés parentaux ne sont pas partagés également. Les travaux de la DREES et du Haut Conseil de la famille ont depuis longtemps montré que les mères interrompent ou réduisent davantage leur activité. Ce choix peut être souhaité. Il peut aussi résulter d’un calcul contraint : salaire féminin plus faible, garde indisponible, horaires incompatibles ou normes familiales.
Présenter toute interruption comme une liberté masque donc les conditions du choix. LPE veut rémunérer le temps parental sans installer une voie de sortie durable du marché du travail.
Un droit attaché à chaque parent
Une partie de la durée serait réservée à chacun et perdue si elle n’est pas prise. Le reste pourrait être partagé selon la situation familiale. Ce principe vise à rendre la présence du second parent normale et à éviter que l’employeur anticipe systématiquement l’absence de la mère.
Les familles monoparentales conserveraient l’ensemble des droits utiles : la règle de partage ne doit pas les pénaliser. Les situations de séparation, de violence ou d’absence d’un parent nécessiteraient des dérogations simples, sans imposer de médiation dangereuse.
Le montant devrait être assez élevé pour ne pas réserver le congé aux ménages qui peuvent supporter une chute brutale de revenu. Il ne pourrait toutefois pas devenir une assignation économique pour les bas salaires. Plusieurs scénarios de remplacement du revenu seraient chiffrés, avec un plafond et une protection renforcée des revenus modestes.
Une durée lisible et un retour préparé
Le revenu parental serait temporaire. Sa durée exacte devrait être fixée après chiffrage et articulation avec le congé de naissance, la prestation existante et l’offre d’accueil du jeune enfant. LPE refuse d’annoncer un nombre définitif sans ces simulations.
Trois mois avant le retour, le salarié aurait droit à un entretien, un bilan de compétences si nécessaire et une mise à niveau lorsque le poste a évolué. Le retour se ferait sur le même emploi ou un emploi équivalent, avec une rémunération au moins comparable selon le droit applicable.
La période ouvrirait des droits à retraite clairement indiqués sur le relevé individuel. Les effets sur la progression salariale et les promotions seraient suivis. Une protection écrite ne suffit pas si les carrières ralentissent silencieusement après le retour.
« Vous paierez des femmes pour rester chez elles »
La formule réduit les femmes à une seule décision et ignore le travail parental déjà accompli sans reconnaissance. Mais elle pointe un risque réel : une politique familiale peut renforcer la division sexuée du travail.
Les garde-fous doivent donc être évaluables. On suivrait la part prise par chaque parent, le retour à l’emploi à six et dix-huit mois, le temps partiel subi, le salaire et les promotions. Les résultats seraient publiés par niveau de revenu et situation familiale. Si l’écart entre femmes et hommes s’aggrave, les paramètres seraient revus.
Le revenu parental ne remplace pas les crèches, assistantes maternelles et solutions horaires. Sans offre de garde, la fin du versement ne crée pas une possibilité de retravailler. Le budget de la mesure serait présenté avec celui de l’accueil du jeune enfant, afin qu’un gouvernement ne finance pas l’une en réduisant l’autre.
Le choix ne doit pas coûter toute une carrière
Les indépendants, agriculteurs, intérimaires et personnes alternant emploi et chômage ne peuvent être oubliés. Leur droit serait calculé sur une période de revenus représentative, avec un plancher et des règles anti-abus compréhensibles. Une couverture de remplacement temporaire pourrait aider les très petites entreprises sans les dispenser de leurs obligations.
L’administration fournirait avant la décision une estimation personnalisée : revenu pendant le congé, effet sur la retraite, droits au retour et solutions de garde connues. Le consentement devient plus libre lorsque ses conséquences sont visibles.
Reconnaître le temps donné à un enfant est légitime. Le faire payer ensuite par une dépendance financière et une carrière amputée ne l’est pas. La mesure LPE ne vaudra que si les pères la prennent réellement, si les mères peuvent revenir et si les familles disposent d’une autre solution lorsqu’elles ne veulent pas interrompre leur activité.