Un pays n’atteint pas le plein emploi parce que son taux de chômage descend sous un seuil choisi. Il doit aussi regarder le sous-emploi, la durée des contrats, le salaire, la santé au travail et la possibilité réelle de vivre de son activité. LPE conserverait le taux de chômage du BIT, mais le placerait dans un tableau de bord plus honnête.
En 2025, l’Insee estime le chômage à 7,7 % en moyenne. Le sous-emploi concerne 4,4 % des personnes en emploi et touche davantage les employés peu qualifiés, les jeunes et les femmes. Le halo autour du chômage rassemble encore des personnes souhaitant travailler mais qui ne remplissent pas tous les critères statistiques du chômage au sens du BIT.
Ces catégories sont nécessaires pour comparer les années et les pays. Elles ne sont pas des jugements sur la valeur des personnes. Elles montrent qu’une seule proportion ne décrit pas tout le marché du travail.
Garder les indicateurs qui dérangent
LPE publierait chaque trimestre le chômage au sens du BIT, le taux d’emploi, le halo, le sous-emploi, la part des contrats courts et le temps partiel subi. Des données annuelles compléteraient le tableau : salaire médian net, pauvreté en emploi, accidents, maladies professionnelles, durée d’accès au premier emploi stable et retours au chômage après une reprise.
Les séries de l’Insee et de la Dares seraient conservées sans redéfinition politique. Un gouvernement ne pourrait pas annoncer une réussite en déplaçant les demandeurs d’emploi d’une catégorie administrative. Toute rupture méthodologique apparaîtrait clairement.
Les résultats seraient ventilés par âge, sexe, handicap, qualification et territoire lorsque les effectifs permettent une publication fiable. Une moyenne nationale peut coexister avec une absence d’emploi durable dans un bassin de vie.
Une place utile et durable
LPE parle d’activité utile pour rappeler qu’un emploi doit répondre à un besoin réel et permettre une trajectoire. Cela ne signifie pas qu’un ministère attribuerait une note morale à chaque métier. L’utilité se vérifierait par la demande, le service rendu, les conditions de travail et la viabilité économique ou collective de l’activité.
Les aides publiques à l’emploi seraient donc évaluées au-delà du nombre d’entrées. On suivrait la situation six, douze et vingt-quatre mois après : contrat maintenu, progression de salaire, qualification acquise, sortie volontaire ou retour subi au chômage. Une entreprise ne recevrait pas indéfiniment une aide pour faire tourner le même poste précaire entre plusieurs personnes.
Le service public de l’emploi garderait la responsabilité de l’accompagnement. Une absence d’offre adaptée ne pourrait être maquillée en manque de volonté du demandeur. Les contraintes de transport, de santé, de garde d’enfant et de logement feraient partie du diagnostic.
« Multiplier les chiffres permet de cacher le mauvais »
Cette objection est juste si le gouvernement choisit chaque mois l’indicateur qui l’arrange. Le tableau de bord LPE serait fixé par la loi, publié à dates constantes et présenté sur une page unique. Le taux de chômage ne disparaîtrait jamais du titre.
Les objectifs seraient datés pour chaque dimension. Il serait possible d’observer une amélioration du taux d’emploi et une dégradation du sous-emploi, sans transformer l’une en excuse pour l’autre. Un commentaire indépendant de l’Insee ou d’un conseil statistique protégerait l’interprétation contre la communication gouvernementale.
Le deuxième risque tient à l’ambition. Aucun État ne peut garantir à chaque instant un poste précis à chacun. LPE doit donc distinguer une obligation de moyens mesurable — formation, mobilité, création d’activité, offres accessibles — d’une promesse absolue impossible à tenir.
Ce qu’une amélioration changerait dans la vie
Le plein emploi réel se verrait lorsque moins de personnes veulent travailler davantage sans le pouvoir, lorsque les débuts de carrière cessent d’alterner des contrats de quelques jours et lorsque reprendre un emploi améliore durablement le revenu disponible.
On le verrait aussi dans les entreprises : moins de postes vacants faute de compétences, moins de ruptures pendant la période d’essai, davantage de formation et une meilleure prévention de l’usure. Un emploi qui détruit la santé et conduit rapidement à l’inaptitude ne peut pas être compté comme un succès complet.
Le chiffre du chômage reste indispensable. Il devient trompeur seulement lorsqu’on lui demande de raconter à lui seul la qualité de millions de vies professionnelles. LPE veut rendre visibles les progrès comme les angles morts, afin que le mot « plein » ne masque plus ce qui manque.