Une machine peut aider à détecter une menace, suivre une trajectoire ou protéger un véhicule. Elle ne doit pas choisir seule une personne comme cible et déclencher la force létale. Pour LPE, la décision d’engagement doit rester attribuable à un militaire humain informé, capable de comprendre, d’interrompre et de répondre de l’acte.
Les mots entretiennent la confusion. Un drone piloté à distance n’est pas nécessairement autonome. Un système automatique n’est pas toujours doté d’intelligence artificielle. Et une fonction autonome de navigation n’équivaut pas à une autonomie de ciblage. Le débat sérieux commence par la fonction confiée à la machine, le contexte d’emploi et la possibilité réelle d’une intervention humaine.
La France a soutenu en février 2025 une déclaration internationale sur le maintien du contrôle humain dans les systèmes d’armes utilisant l’IA. Le ministère des Armées distingue également les systèmes létaux autonomes de ceux qui demeurent sous contrôle humain. Cette ligne doit devenir une doctrine vérifiable, pas seulement une formule diplomatique.
Le contrôle doit exister à plusieurs moments
Avant la mission, une autorité humaine fixe l’objectif, les règles d’engagement, la zone, la durée et les catégories de cibles autorisées. Pendant l’action, un opérateur doit recevoir une information suffisante sur la situation et disposer d’un délai réel pour confirmer ou refuser. Jusqu’au dernier moment techniquement possible, il doit pouvoir interrompre l’engagement.
Après l’action, les journaux du système doivent permettre de reconstituer les données reçues, les alertes, les ordres et les éventuelles défaillances. Un enregistrement n’efface pas la responsabilité ; il permet de l’établir.
LPE refuse le ciblage d’une personne fondé uniquement sur un profil statistique, un comportement présumé ou une reconnaissance automatisée. Une corrélation ne suffit pas à satisfaire les exigences de distinction, de précaution et de proportionnalité du droit international humanitaire.
Aider les soldats sans leur retirer le jugement
L’IA peut avoir des usages protecteurs : détection de mines, surveillance d’un périmètre, identification d’une panne, fusion de données, défense contre un projectile ou recommandation d’itinéraire. Dans un environnement saturé d’informations, elle peut réduire la charge cognitive.
Mais une recommandation très rapide peut aussi enfermer l’opérateur. Si l’interface affiche une cible en rouge avec un compte à rebours de deux secondes, la validation humaine est nominale. Les essais doivent donc mesurer non seulement la précision du modèle, mais le temps de compréhension, le risque d’automatisme et les conditions de refus.
Les systèmes seraient testés sur des situations dégradées : brouillage, perte de liaison, données contradictoires, présence de civils, météo défavorable et attaques informatiques. Le comportement en cas d’incertitude devrait être conservateur. Une perte de communication ne pourrait pas autoriser par défaut la poursuite d’une chasse contre des personnes.
« Nos adversaires ne s’imposeront pas ces limites »
C’est possible. Refuser toute recherche sur l’autonomie pourrait alors exposer les forces françaises et laisser d’autres puissances fixer les standards. LPE ne propose pas ce désarmement technologique. Il propose de développer les fonctions défensives et d’assistance tout en traçant une limite sur la décision létale visant une personne.
Cette limite répond aussi à un intérêt militaire. Un système incontrôlable peut frapper des civils, provoquer une escalade, être détourné ou rendre impossible l’attribution d’une faute. La vitesse n’est pas toujours un avantage si elle supprime la possibilité politique d’arrêter l’action.
Certaines défenses très rapprochées contre des missiles fonctionnent déjà avec un haut degré d’automatisation. Leur situation n’est pas identique à celle d’un système cherchant des personnes sur un territoire. La doctrine doit distinguer la nature de la cible, l’environnement, la durée d’autonomie et les conséquences d’une erreur.
Une chaîne de responsabilité publique
Chaque programme comporterait une autorité d’emploi, un responsable technique et une doctrine approuvée. Les essais indépendants, incidents et limites connues seraient transmis au Parlement dans un cadre compatible avec le secret de la défense nationale. Un système ne franchirait pas une nouvelle étape d’autonomie sans décision explicite.
Les indicateurs incluraient les faux positifs, interruptions humaines, pertes de liaison, incidents cyber, écarts entre simulation et terrain et dommages non prévus. La performance ne serait pas mesurée au seul nombre de cibles traitées.
La technologie change les moyens de la guerre, pas l’obligation de juger l’acte. Conserver une décision humaine n’offre aucune garantie morale automatique. Cela maintient au moins une personne responsable, un ordre contestable et la possibilité de ne pas tirer.